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Primaire Populaire : le dernier sursaut de la Ve République

Dernière mise à jour : 8 févr.


Malgré un processus de vote innovant et une certaine dynamique lors de sa dernière étape, la Primaire Populaire a échoué à créer un consensus autour d’un socle programmatique minimal et d’une candidature commune. Mais cet échec ne doit pas nous cacher un problème politique plus important encore : la difficulté croissante qu’ont les candidates et candidats à l’élection présidentielle à rassembler largement autour de leurs programmes.


La Ve République présuppose depuis son origine la cristallisation d’un consensus populaire autour d’une personnalité et de sa vision politique à l’occasion de l’élection présidentielle. Mais dès 1965, lors de la première élection présidentielle au suffrage universel, malgré sa stature exceptionnelle, De Gaulle échoue à rassembler 50% des voix au premier tour à la grande surprise des observateurs.


Depuis 1981, le score moyen des principaux candidats à la présidentielle diminue, passant de 30% en 1981 à 10,9 en 2002 (cf image ci-dessous). Par répercussion, la légitimité du président élu s’en est vue diminuée alors que son importance politique s’est accrue avec l’inversion du calendrier électoral. Et si on aurait pu croire en 2007 à une évolution à l’américaine de notre système politique avec une bipolarisation et le recours aux primaires comme instrument de départage au sein des familles politiques, l’éclatement du paysage politique des années 2010 est venu doucher cet espoir.


Au regard de cette perspective, la Primaire Populaire apparaît comme une tentative originale de recréer les conditions du rassemblement, au moins sur une partie du spectre politique. Son échec n’a pu que souligner l’impossibilité de s’en remettre à des procédures artificielles et déconnectées des institutions pour dépasser les clivages. Il est même à craindre que la Primaire Populaire ait ainsi, à son fort défendant, contribué à la hausse de la méfiance et de l’indifférence vis-à-vis de la politique.


Il est temps d’admettre qu’aucun programme de gouvernement ne réussira à susciter l’enthousiasme d’une majorité citoyenne en amont des élections, peu importe sa qualité et peu importe la sincérité de celles et ceux qui le défendent. Il est temps d’admettre que notre système politique ne nous permet plus de former les consensus indispensables à l’application de réformes aujourd’hui essentielles à la résolution des crises. Il est enfin temps d’admettre que seule une rénovation de notre constitution, opérée de manière démocratique et déconnectée de tout projet politique partisan, permettra de recréer de la confiance et de relever efficacement les défis du XXIe siècle.




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